8 - Les colonnes se concentrent à Kenitra

lundi 1 août 2011

Néanmoins, les journaux, pour ne pas verser dans le ridicule ou pour marquer une certaine distance à l’égard de ce qu’on leur soumettait comme nouvelle, militaire, introduisaient leurs papiers sur la question par : « Il semble que … ». C’est qu’on minimisait avec soin les pertes françaises.

La presse coloniale avait d’ailleurs adopté un langage pervers spécial :
Au lieu de « Résistants », on parle de : « bandes de pillards », d’ « agitateurs ».
On oppose : « pacification » à « rébellion ».
Au lieu de parler de « courage des résistants », on parle d’ « acharnement de l’ennemi ». 

« Il nous faut, tout le long de la route, demeurer encadrés entre l'escorte d'avant et celle d'arrière, moi, mes hommes, mes mules, mes bagages. Défense absolue de s'écarter
— pas même à ses risques et périls— pas plus que ces prisonniers que, chemin faisant, on recueille dans les divers postes pour les conduire à Casablanca à leurs juges, et qu'on attacherait au derrière d'une araba s'ils refusaient de marcher »
 Au Maroc en 1912-Gustave-Babin- Derrière un fanion bleu- P 283

  Dans le but d’intimider la population alliée à la résistance et pour exorciser la peur bleue qu’ils avaient de leurs adversaires, les forces coloniales françaises mobilisaient des milliers de soldats et tout un arsenal de matériel sophistiqué et destructeur.

« Les effectifs
 « La colonne Brulard, avec les goums, environ 4 500hommes d'affectif. Le colonel Simon et le colonel Gouraud seront prêts à l'appuyer en cas de besoin. Ces effectifs se composent de 3000 à 3 500 hommes.
L'arrivée à Kenitra du général Dalbiez, avec environ 1500 hommes, dont une batterie d'artillerie, va renforcer ces effectifs. Il prendra le commandement en second des opérations sur Fez, le général Moinier ayant la haute direction de l'expédition. »
La Croix  1911-05-13 Numéro 8635


El Kenitra - Le Camp des Spahis

Lettre adressée du Gharb, par un protégé marocain de Ceuta à son associé européen de Tanger :
« Plusieurs méhallas de Français, très nombreuses, ont traversé Dar-Zrari. Elles ont été attaquées par un grand nombre de tribus, qui en ont tué beaucoup ; mais il a été impossible d’empêcher les Français de poursuivre leur route. Ils sont comme des sangliers qui couchent et brisent tout sur leur passage. Ils passent quand même. Ils sont comme des sauterelles : quand les premiers ont passé, les autres arrivent. On croit qu’il n’yen a plus, et il en vient toujours, on entend le bruit de la fusillade comme un roulement de tonnerre qui ne s’arrête pas. »
Le Matin 1911-05-21  Numéro 9945  P 1


 « Les Marocains attaquent en ordre dispersé. Les charges de leurs cavaliers ne sont pas arrêtées complètement par l’artillerie ou les salves de l’infanterie. Leur courage et leur acharnement sont tels qu’ils arrivent jusqu’à nos baïonnettes ».
Le Matin 1911-05-17  Numéro 9941  P 1

Journaux de 1911


Le Matin 1911-05-12  Numéro 9936  P 3

On ignore à l’heure actuelle si la colonne poursuivra demain sa marche en avant.
Les renseignements les plus contradictoires parviennent aussi bien sur l’état des pistes que sur l’état d’esprit des tribus.
Le colonel Brulard semble attendre l’échelon de renfort faisant partie éventuellement de sa colonne, et campé aujourd’hui à Salé.
Cet échelon se compose d’un bataillon mixte comprenant deux compagnies de tirailleurs algériens et deux compagnies de tirailleurs sénégalais une batterie de compagne de 75 et une section de munitions.
L’Artillerie
La grosse préoccupation du commandement est de savoir si le 75 de campagne pourra suivre la colonne.
L’itinéraire projeté traverserait de dangereux terrains marécageux, sur l’état de viabilité desquels il est impossible d’être exactement renseigné.
Aussi le colonel Brulard vient-il d’envoyer en avant un émissaire chargé de résoudre cette grosse question.
Il est très probable, dans ces conditions, que la colonne campera demain encore à El-Qounitra.
L’idée primitive du commandement était d’envoyer en avant, nous précédant d’une étape environ, le goum marocain de la Chaouïa ; mais cet échelon ne disposant pas d’artillerie, en jugea prudent de l’incorporer dans la colonne Brulard, qui est ainsi forte de 3000 hommes environ à savoir : un bataillon d’infanterie coloniale, un bataillon de tirailleurs, une batterie de compagne de 75 , deux section d’artillerie de montagne de 65 , un demi-escadron de chasseurs, un demi-escadron de spahis, des ambulances légères, et en fin le goum de la Chaouïa.



Le Petit Journal 1911-05-13 -Numéro 17669 P1

D’après les dernières nouvelles reçues de la colonne volante, le colonel Gouraud a rejoint, avec deux bataillons, les forces réunies dans la région Mehedya-Knitra, forces dont la tête, commandée par le colonel Brulard, a, comme nous l’avons dit, commencé, avant-hier jeudi ; sa marche en avant, sur la route de Fez. Ce mouvement va maintenant se poursuivre sans interruption.
La colonne comprend un ensemble de huit bataillons, quatre escadrons et quatre batteries soutenus en arrière par d’autres forces. Le convoi se compose actuellement de six groupes de 400 chameaux chacun, dont les quatre premiers étaient à Knitra à la date du 10.
Nos troupes pénètrent dans une zone redoutable par son terrain de marécages et par les rassemblements de rebelles qui s’y font ces temps-ci. Entre Knitra et Dar-Dzari.



LA PRESSE    1911/05/13 (Numéro 6899). P 1

AU MAROC : ATTAQUE D’UN CAMP FRANÇAIS, COMBAT  ENGAGÉ
Londres, 12 mai. - On télégraphie de Tanger au « Daily Telegraph » le 11 mai :
 Ce matin, au lever du jour, les troupes se sont mises en route pour Lalla-Ito.
 Des goumiers de la Chaouïa, au nombre de 1.500, sous les ordres du commandant Simon, ont été envoyés en reconnaissance le long de la route. Immédiatement après venait la mehalla commandée par Sidi Mohamed el Omrani, et flanquée de deux batteries d'artillerie, ainsi qu'un convoi de vivres et de munitions. Une demi-heure plus tard, les colonnes Brulard et Gouraud sont parties accompagnées de quatre batteries d'artillerie, d'une ambulance et d'un convoi. L'arrière-garde est resté à Kenitra.
 La colonne restera en communication avec Kenitra et Rabat par télégraphie sans fil et par un télégraphe de campagne. Il s'agit, d'après les plans dressés, de passer, la nuit à Lalla-Ito, de marcher ensuite sur Masara-el-Ramla, qui sera peut-être le théâtre d'hostilités.



LA PRESSE    1911/05/14 (Numéro 6900). P 1

Une autre dépêche du général Moinier datée de Kenitra 11 mai et arrivée pendant le conseil, a été également communiquée par le ministre de la guerre.
Elle indique que la colonne légère a quitté Kenitra, qu'elle s'est trouvée aux prises, à la hauteur de Sidi-Ayach, avec un parti de cavaliers Beni-Hassen, mais qu'elle a continué sa marche.
La colonne Brulard
Tanger, 13 Mai.- La colonne Brulard est rentrée hier dans la route d’été et l’a suivie jusqu'à Sidi-Ayech.
A cet endroit, elle se rencontra avec 600 cavaliers et fantassins des Beni-Hssen qu’elle repoussa facilement.

Le Petit Journal 1911-05-14  Numéro 17670  P1

« L’occupation de la capitale marocaine ne serait effectuée que pour le temps strictement nécessaire. »
Ainsi s’exprime la note officielle communiquée à l’issue du Conseil des ministres tenu hier matin.
Une autre dépêche du général Moinier, en date de Knitra, 11 mai, et arrivée pendant le Conseil, a été également communiquée par M. Berteaux . Elle indique que la colonne légère a quitté Knitra, qu’elle s’est trouvée aux prises à la hauteur de Sidi-Ayach avec un parti de cavaliers Beni-Hassen…

Le Petit Journal 1911-05-14  Numéro 17670  P 4
La rencontre peu importante entre la colonne légère et un groupe de Beni-Hassen, que nous signalons d’autre part, a été confirmée, dans la soirée d’hier, par la dépêche suivante :
Tanger, 13 Mai.
El-Knitra, 12 Mai. – La colonne Brulard, partie hier matin, est arrivée à huit heures, à Sidi-Ayach. Tous les douars étaient déserts. Des cavaliers ennemis ont été signalés par les patrouilles.
Peu après, la colonne a pris contact avec un groupe de 600 cavaliers et fantassins de Beni-Hassen. L’artillerie les a dispersés.
Les pertes sont insignifiantes et se réduisent à quelques blessés [‼].



 Un coin du bivouac

Un télégramme, ainsi conçu, nous renseigne — avec un retard de quelques jours — sur les incidents qui se sont produits autour d’El-Knitra, point de concentration de la colonne Brulard :
   Tanger, 13 Mai.
El-Knitra, 7 Mai, soir. – Une forte reconnaissance, sous les ordres du commandant Vidal, partie vers le Sud, rencontra 200 Marocains qui attaquèrent la colonne.
Une batterie coloniale de 75 ouvrit le feu et dispersa les ennemis qui se réfugièrent dans une forêt : les pertes des ennemis sont d’une vingtaine de tués et blessés. Nous avons eu un spahi atteint à la joue par une balle qui lui fit une blessure en séton.


Exécution d’un résistant

La colonne, arrivée à l’entrée de la forêt sur le lieu du guet-apens du 5 mai, rencontra un espion marocain qui avait participé à l’affaire et qui fut fusillé sur-le-champ.
Dans la matinée eurent lieu les obsèques du soldat du train qui succomba à ses blessures reçues le 5 mai ; le cérémonial imposant accoutumé fut observé ; toutes les troupes étaient présentes. Les autres morts seront enterrés à Mehedya.
Actuellement, les unités de la colonne Simon, dressent leur camp en prolongement de celui du colonel Brulard ; elles creusent des tranchées en prévision d’attaques de nuit.

El-Knitra, 8 Mai. – Dans la nuit, deux alertes se sont produites. Les sentinelles avancées échangèrent des coups de feu avec les rôdeurs.
À dix heures du matin eurent lieu les obsèques du goumier Djilali.
À huit heures du soir, les échelons de la colonne envoyés successivement pour protéger le convoi parti de Mehedya sur Salé rentrèrent au camp. Le convoi fut attaqué à six kilomètres de Mehedya par de nombreux cavaliers.
Le premier échelon, sous les ordres du commandant Knoll, comprenant cinquante spahis et deux compagnies de tirailleurs, heurta le parti ennemi. Les spahis chargèrent, sabrant plusieurs Marocains.
Le second échelon, ayant à sa tête le commandant Jacquier, fort de cinquante spahis, de deux compagnies de zouaves et d’une section d’artillerie coloniale, opérait sur la gauche.
Le troisième échelon, sous la direction du commandant Rueff et comprenant deux compagnies de tirailleurs, une de marsouins, une batterie de campagne avec le capitaine Vignaud, suivait.
Entre le premier et le second échelon, la mahalla de la Chaouïa, avec le caïd Haiadi, les lieutenants-instructeurs Harang et Prioux, donna courageusement. L’ennemi eut douze tués. Nous n’avons aucun mort français, mais le caïd El-Haiadi a été tué avec deux hommes, et un indigène a disparu.
Des renseignements recueillis indiquent qu’une attaque de nuit du camp est possible.
Le camp a été attaqué dans l’après-midi par des groupes ennemis pendant l’attaque des échelons partis pour protéger le convoi ; une batterie de campagne, sous les ordres du capitaine Reibel, lança quelques obus sur les 300 Marocains apparus à la lisière du bois sur la face sud-est du camp.

7 – À Kenitra « Pendant trois jours, le canon n'a pas cessé de tonner »

vendredi 1 juillet 2011


« L’artillerie fut employée à ces opérations qui durèrent trois jours, du 7 au 9 » 

Pour donner une idée sur l’énormité des pertes humaines, il suffit de rappeler que, pour une seule bataille, le bombardement des Beni Hssen et des Zemmour près de Kenitra avait duré, en continue, trois jours et trois nuits. De même le bombardement de Casablanca.

 « Le capitaine Azan, envoyé comme « historiographe », constate, dans son rapport, qu'il y avait bien dans le douar quinze cents cadavres. Quinze cents cadavres marocains et pas un tué français Comment expliquer cela quand on sait combien les Marocains sont audacieux et braves? Ce ne fut pas une bataille : ce fut regorgement d'une population qui voulait vivre en paix »

Contre la guerre au Maroc-Jean Jaurès-P 50

Contentant-nous d’imaginer les nombres des victimes marocains, car, compte tenu de la censure, nul media n’en pipa mot.

 « La colonne s’avançait pour déblayer complètement le terrain et se mettre à l’abri des surprises.
L’artillerie fut employée à ces opérations qui durèrent trois jours, du 7 au 9 ; le pays paraît momentanément purgé, »

Le Petit Parisien 1911-05-11  Numéro 12612 P 3

 « Le général Moinier, signale du camp  d'El-Kounitrat que, la harka composée des Beni-Hassen et des Zemmours, partie de Mechra-Remla- pour la guerre sainte, a été dispersée par l'artillerie de la colonne Brulard. Cette opération a duré du 7 au, 9 courant. Pendant ces trois jours, le canon n'a pas cessé de tonner »

LE FIGARO   1911/05/11 (Numéro 131). P 2

L’intensité de la résistance et l’efficacité de ses actions avaient été telle que la machine militaire française tomba dans des contradictions au niveau des informations dont la publication avait été autorisée par la censure militaire quant aux batailles engagées autour de la Kasbah de Kenitra.


La Colonne au repos

 « Hier 5 mai un djich de Zemmour a attaqué un convoi auquel il a enlevé un certain nombre de chameaux chargés. Un brigadier a été tué et deux hommes blessés. »

Le Matin 1911-05-07  Numéro 9931  P 1

 « Une attaque soudaine a permis aux Zemmours de s’emparer de quelques chameaux »

L’Ouest Éclair – éd. de Rennes –, n° 4489, Lundi 8 mai 1911, p. 1 :

 « Vendredi, un groupe d'une centaine de Zemmours, qui attendait à la fin du jour le passage d'un convoi de chameaux sur la piste de Meheyda, l'a attaqué et s'est emparé de quelques bêtes »

LE FIGARO   1911/05/08 (Numéro 128). P 1

    «  L’agression du vendredi montre d’une part, que les grandes confédérations n’ont pas renoncé à nous disputer le passage, de l’autre que nos convois auraient besoin d’être gardés plus fortement.
On était accoutumé à un tel calme sur cette piste qu’on ne s’est pas défié d’une incursion possible, et cinq cents chameaux chargés de provisions ont été engagés vendredi dans la direction de Mehedia et de Knitra.
   C’était un butin tentant pour les Ahmar et les fractions des Zemmour qui les avoisinent. Ils envoyèrent donc un djich de cavaliers qui enleva une centaine de chameaux et réussit à les pousser dans la direction de Mamora.
     Toutefois en signale des rassemblements importants des Beni-Hassen, en armes, des la forêt de Mamora, au sud de Méchra Remla. Ils ont des relations suivies avec des chefs Zemmour. »

Le Petit Parisien 8 Mai 1911-Numéro 12609 P 1


Journaux de 1911


Le Petit Parisien 1911-05-11  Numéro 12612 P 3
La colonne Brulard
chasse les bandes hostiles
Rabat, 10 mai.
La colonne Brulard a exploré ce matin les environs de Knitra, où l’on signalait l’arrivée d’une harka formée à Mechra-Remla , à la suite de la proclamation de la guerre sainte[‼]au dernier marché de cette région.
De nombreux rassemblements, Zemmour, Beni Amar, Beni Hassen, furent en effet aperçus, mais l’ennemi se repliait à mesure que la colonne s’avançait pour déblayer complètement le terrain et se mettre à l’abri des surprises.
L’artillerie fut employée à ces opérations qui durèrent trois jours, du 7 au 9 ; le pays paraît momentanément purgé, mais les contingents se forment à nouveau à Mechra-Remla.


Le Petit Journal 1911-05-11  Numéro 17667

L’attaque des indigènes contre les troupes du général Moinier
Tanger, 10 Mai.
Rabat, 6Mai (retardée dans la transmission). – Le général Moinier, qui devait partir pour Dar Aroussi, est resté à Salé. L’attaque d’un convoi qui s’est produite près de ce point serait due à la tribu Ahmar et le caïd Bourzama en serait l’auteur.
Une seconde attaque eut lieu au même endroit contre vingt et un soldats algériens du train.
Ces soldats revenaient de Mehedya sur Rabat.




LA PRESSE   1911/05/11 (Numéro 6897). P 1

QUATORZE  SOLDATS  DISPARUS
    Tanger, 10 mai. - Rabat,  6 mai (retardée dans la  transmission) - Le général Moinier, qui devait partir pour Dar Aroussî, est resté à Sale. L'attaque d'un convoi qui s'est produite près de ce point serait due à la tribu Ahmar et le caïd Bourzama en serait l'auteur. ̃ Une seconde attaque eut lieu au même endroit contre 21 soldats algériens du train dont 14 auraient disparus. Ces soldats revenaient de Mehedya sur Rabat.


Campagne du Maroc 1907-1911 Entrée de l'Hôpital de Mehdiya


LE FIGARO   1911/05/11 (Numéro 131). P 2

Au Maroc
Autour de Fez
La colonne Brulard
Dans le Gharb
     L'Agence Havas a reçu, hier, une dépêche de Kounitra datée du 9; il n'y est pas question de l'engagement dont parlait, hier, le radiogramme publié par le Heraldo de Madrid, mais on y verra que les dispositions des indigènes sont loin d'être favorables :

Kounitra, 9 mai.

     Des bandes de cavaliers rôdent aux environs du camp du colonel Brulard. Celui-ci envoie quotidiennement des reconnaissances de cavalerie dans le but de dégager la route de Rabat et de prévenir les incursions des ennemis également vers le Sud-Est, où des rassemblements importants sont signalés près de Mechra-Remla, au sud de l'oued Rmel.: ce point semble être le centre de l'ennemi.

     Le service, de renseignements rapporte que la cavalerie à pourchassé, sans pertes, des  groupes de Zaers, de Zemmours, de Hassen et de Shouls; on signale même des contingents de Benî-M'tir et de Charaga parmi les Marocains, concentrés à Remla.

     Une dépêche antérieure datée de Rabat, le 6, signale d'autres escarmouches.
Rabat, 6 mai (retardée dans la transmission). Le général Moinier, qui devait partir pour Dar-Aroussi, est reste à Salé. L'attaque d'un convoi qui s'est produite près de ce point serait due à la tribu Ahmar et le caïd Bourzama en serait l'auteur.

      Une seconde attaque eut lieu au même endroit contre 21 soldats algériens du train dont 14 auraient disparu.
     Ces soldats revenaient de Mehedya sur Rabat;

      Une dépêche de Tanger dit que le général Moinier, signale du camp  d'El-Kounitrat que, la harka composée des Beni-Hassen et des Zemmours, partie de Mechra-Remla- pour la guerre sainte, a été dispersée par l'artillerie de la colonne Brulard. Cette opération a duré du 7 au, 9 courant. Pendant ces trois jours, le canon n'a pas cessé de tonner.

     Deux rekkas partis de Souk El Arba pour Kounitra ont du revenir à El Ksar. Il leur a été impossible de traverser le pays qui est infesté par les pillards.



Colonne de Fez 1911- Bivouac de la colonne légère



Le Petit Parisien 1911-05-12  Numéro 12613 P 1

La colonne Brulard et les goumiers du capitaine Simon qui l’accompagnent représentent un effectif de 5000 hommes. Derrière eux est constitué un second échelon de 3000 hommes, sous les ordres du colonel Gouraud et du lieutenant-colonel Simon. Cet échelon est stationné à Knitra, où il attend encore le général Dalbiez avec 1500 hommes. Il pourra se porter rapidement au secours des troupes d’avant-garde si le besoin s’en manifestait.
Au dernier moment, on m’informe que ce matin, dès la première heure, un millier de cavaliers Beni Hassen avaient déjà passé sur la rive droite du Sebou, se préparant à marcher sur Souk-el-Arba, où en outre du caïd Cherkaoui, se trouvent actuellement le capitaine Moreaux, le lieutenant Jeannerod, le lieutenant Le Boette, trois sous-officiers, notre agent consulaire, M.Boisset, le marquis de Segonzac.



Le Petit Journal 1911-05-12  Numéro 17668 P4

L’agence l’ « Information » a communiqué cette nuit, de source anglaise, une dépêche qui enregistre le bruit d’un échec assez sérieux qui aurait été subi par les convois français, sur la route suivie par la colonne volante :
Londres, 11 mai
On a reçu à Londres la dépêche suivante de Tanger, d’après laquelle la colonne de secours française aurait subi un échec :
« Les tribus rebelles des Beni Hassen et des Zemmour ont attaqué vendredi et samedi une colonne de secours française, entre Salé et El Kantara. La lutte, acharnée, se prolongea pendant les deux jours. Les tribus en question réussirent à capturer plusieurs centaines de bœufs, 175 chameaux et 56 mulets.
L’attaque recommença pendant la journée du dimanche. Un nouveau convoi français de 713 chameaux chargés de munitions et de vivres fut également capturé, ainsi que les deux chameaux qui portaient le trésor d’une partie de la colonne.
Les Français ont perdu 36 des leurs et ont eu, en outre, de nombreux blessés. Quant aux assaillants, ils n’ont éprouvé que des pertes insignifiantes.
On craint que ce succès ne fasse redoubler d’activité les tribus anti-françaises.


Le Matin 1911-05-12  Numéro 9936  P 1

Une dépêche d’El-Qounitra annonce que les émissaires qu’on a envoyés pour amener les peuplades de la région sur la route que doit suivre la colonne ont échoué dans leur mission : aucune délégation de ces tribus n’est venue au camp.
De renseignements qui nous sont parvenus d’autre part, il ressort que nos troupes seront surement attaquées par des forces importantes.
Ces renseignements sont la meilleure justification de la prudence déployée par le général Moinier.
Tous les renseignements qui nous parviennent concordent à démontrer que la région qui doit être traversée par la colonne pour atteindre Fez est entièrement hostile. La colonne ne pourra donc pas compter sur un accueil bienveillant des tribus, et elle sera obligée de marcher avec une extrême prudence.

6 - « La Civilisation » !

mercredi 1 juin 2011

« On n'apprend pas à mourir en tuant les autres. »
  [François René de Chateaubriand]


Les troupes d’élite de l’armée française - La légion étrangère au Maroc

« La France, l’Allemagne et l’Espagne s’observent à la façon de trois apaches qui pensent à dévaliser le même « pante » et qui, chacun de son côté réfléchissent sur le meilleur moyen à employer pour se réserver la plus grosse part du butin.
Ces pratiques de brigandage à l’encontre des peuples faibles sont vantées dans les manuels de morale civique, sous le nom de « patriotisme ». En sorte que, de nos jours, le patriotisme peut se définir ainsi : Mise en œuvre d’une série de canailleries diplomatiques et militaires dans le but de subordonner un peuple faible dit non civilisé à un peuple fort dit civilisé, de telle façon que les financiers, les tripoteurs et les politiciens du second puissent s’enrichir des dépouilles du premier.




Campagne du Maroc  1911  -   Les troupes étaient cantonnées dans la kasbah

Quand, en vertu de cette définition, les Français envahissent le Maroc, ils agissent en bons patriotes. Par contre, les Marocains, qui supportent avec mauvaise humeur l’invasion étrangère et tentent de défendre leur sol, sont des rebelles, et on le leur fait bien voir. Que ne se précipitent-ils pour bénir ceux qui consentent, par pur patriotisme, à les juguler et à les piller ! Pourquoi ont-ils le mauvais goût de ne pas nous aimer !



Campagne du Maroc 1907 - 1911 - Résistants allant au combat.

Parmi les trois peuples apaches qui flairent les poches marocaines en riboulant des yeux d’assassin, la France occupe glorieusement la position la plus avantageuse : elle a, sur le Maroc les droits incontestables que lui donne le voisinage.
C’est du moins ce qu’affirment gravement nos diplomates et nos hommes politiques les plus distingués. De ce que l’Algérie est voisine du Maroc, il découle, paraît-il, que nous avons des droits sur ce pays. Argumentation puissante que je recommande aux avocats devant les tribunaux. Si le cambrioleur est le voisin du cambriolé le délit n’existe plus, le voisinage donnant au premier des droits certains sur les biens du second.
Mais nous avons encore d’autres droits sur le Maroc. Ils résultent du fait que des banques françaises ont prêté jadis de grosses sommes au Sultan prédécesseur de Moulaï Hafid. La France républicaine et radicale, solidaire des anciens tripotages de ses financiers et des nouvelles opérations que d’autres financiers méditent est donc patriotiquement autorisée à envahir le Maroc et à lui dicter ses lois. Son intervention ne saurait avoir d’autres limites que celles que pourront lui imposer les deux autres peuples apaches qui guignent la même proie.



Campagne du Maroc - Compagnie Montée en Marche

Relisez tout ce qui a été fait au Maroc par nos dirigeants, nos diplomates et nos guerriers. Il y aurait là de quoi rédiger un véritable manuel de « canaillerie pratique » à l’usage de ceux qui pensent à dévaliser leur prochain.
En vertu des droits que nous tenons du voisinage et des prêts usuraires faits par nos banques, nous posons un premier pied au Maroc. Les Marocains font la grimace et se rebiffent. Alors, nous bombardons et mitraillons ces « rebelles ». Nous brûlons leurs camps et leurs douars.



Guerre au Maroc pièce de 75 en action

Ceci fait, et toujours en vertu du patriotisme le plus pur, nous leur imposons des contributions pour payer les dégâts que nous avons commis chez eux. Et, ensuite, nous étonnons de voir qu’ils ne sont pas contents.
Leur pays est ruiné. Leur gouvernement, moralement prisonnier de la France, n’a plus le sou. De lourds impôts les accablent. Il est naturel que le feu couve sous la cendre et que des signes de colère se manifestent par ci par là.
Et alors, c’est le grand coup. Nous mobilisons quarante mille hommes pour rappeler ces « rebelles » à l’ordre. Les choses en sont là.



Les victimes

En réalité, cet envoi de troupes est une provocation nouvelle. Provocation hypocrite et basse, qui, si elle suscite, comme on l’espère, une nouvelle explosion de colère légitime chez les Marocains, permettra aux requins coloniaux d’atteindre le but si longtemps poursuivi.
Et ceci montre comment un peuple qui se dit et se croit civilisé peut, sous l’action de dirigeants dominés par les puissances financières, se ravaler au niveau des apaches qui l’œil sanglant et le couteau au poing, préparent et amènent l’occasion qui leur livrera le « pante » dont ils convoitent la bourse.
Pour qui réfléchit, tout cela est à faire vomir. Il y a des moments où l’on se demande sur quel coin de terre on pourrait bien se réfugier pour fuir la sottise barbare et sanglante qui règne encore chez les peuples qui se piquent le plus de civilisation. Partout, le mensonge est roi.
Et d’ailleurs, le Maroc, si riche en mine, en forêts, en terrains, mais si difficile à conquérir à cause des convoitises rivales, n’est pas le seul terrain où s’exerce le cambriolage français.
Nous conquérons, nous civilisons, nous colonisons sur d’autres points, au Tchad et ailleurs.
Et voici comment cela se passe :
Première période : Nous canonnons, nous mitraillons, nous razzions, nous incendions, nous pillons. C’est la glorieuse conquête faite avec des armes perfectionnées sur de malheureux indigène, armés de mauvais flingots.



Douar abandonné par ses habitants
Il a été canonné, mitraillé, razzié, incendié, pillé(Maurice ALLARD)


Deuxième période : Nous arrachons la terre aux indigènes et nous la donnons, sous forme de concessions, à de riches triporteurs, à des journalistes gouvernementaux et même à des politiciens influents. C’est la colonisation qui commence.[Voir : Expropriation des Kenitriens en faveur des colons (http://centenaire-de-kenitra.blogspot.com/2010/07/expropriation-des-kenitriens-en-faveur.html) ]


De Casablanca à Kenitra en vue de Méhydia

Troisième période : L’indigène, exproprié et réduit au rôle de salarié, est forcé de travailler à vil prix sur les terres concédées, au profit des concessionnaires. L’Etat lui reprend sous forme d’impôt, son chétif salaire. L’alcool civilisateur, que nous lui versons à foison, fait le reste.


L’indigène, exproprié et réduit au rôle de salarié

Enfin, tout dernièrement, des parlementaires ingénieux ont trouvé un nouveau moyen d’utiliser l’indigène tout en continuant de le civiliser. On le transforme en soldat, on lui donne des canons et des fusils et on l’emploie à razzier, à incendier, à piller, c’est-à-dire à civiliser d’autres peuplades.


Colonne de Fez 1911 - Goumiers rejoignant la colonne Brulard

Civilisation, que de crimes on commet en ton nom ! Les hommes ne savent encore que se vautrer dans la boue sanglante. »
Maurice ALLARD
L'Humanité : Numéro 2580 – P. 1
11- 05 – 1911



Maurice Édouard Eugène Allard, est né le 1er mai 1860; il est mort le 27 novembre 1942. Avocat, journaliste et député du Var de 1898 à 1910. Fit ses études de droit à Paris. Avocat, inscrit au barreau de Paris.

Journaux de 1911


Le Petit Journal 1911-05-19  Numéro 17675 P 4
Aux dernières nouvelles reçues, la marche de la colonne volante vers Fez parait être toujours retardée. La dépêche suivante l’explique :
Tanger 18 Mai.

Un radiogramme d’El-Kasar, en date.
Le même radiogramme signale un vif combat qui a eu lieu le 16 entre El-Gaeddari et Lalla-Ito, combat au cours duquel les Beni-Hassen subirent des pertes importantes.
À propos de ce combat, le correspondant à Rabat de l’Agence Fournier télégraphie, de son côté, à la date du 17 mai, que la colonne Brulard s’est rencontrée le 16 mai avec un campement indigène de la tribu des Beni-Hassen, le même qui attaqua récemment plusieurs convois entre Salé et El-Knitra.
Après un assez vif engagement, un détachement de la colonne dispersa les rebelles. Au cours de cet engagement, le lieutenant Balambois, un sous-officier et un goumier ont été blessés.




Le Matin 1911-05-19  Numéro 9943  P 3
Camp d’El-Qounitra, 8 mai, midi. – Dépêche de l’envoyé spécial du « Matin » (par rekkas spécial à Rabat). – Cette nuit à trois heures et demie, le camp était brusquement réveillé par la général et prenait aussitôt les armes.
Sortant de ma tente en pleine obscurité, je me heurte à un escadron de chasseurs en train de seller les chevaux.
Une vague rumeur court sur tout le camp ; pas une lueur ne brille ; pas un commandement ne retentit.
Quelques heurts métalliques indiquent seuls une animation inaccoutumée.
Je m’informe aussitôt des motifs de l’alerte et j’apprends qu’un petit poste avancé établi dans le sud, du côté de la forêt de Mamora a tiré plusieurs coups de feu, donnant l’alarme.
Trois compagnies de tirailleurs vont garnir les tranchées avancées creusées dans cette direction, et attendent, les armes chargées et le magasin approvisionné.



Le Matin 1911-05-20  Numéro 9944  P 3
Casablanca. 18 mai.- Dépêche particulière du « Matin » (par radiotélégramme à Tanger). – On annonce que les Beni-Ahsen, les Zemmour et les Zaer ont envoyé des émissaires aux tribus Tadla, les sollicitant de se joindre à eux pour combattre la colonne française.
Les Tadla auraient répondu qu’ils réservaient leur réponse jusqu’après la moisson, ils verront alors ce qu’ils auront à faire.



LE FIGARO    1911/05/20 (Numéro 140). P 1

Au Maroc
La marche vers Fez
Dans le Gharb
La moisson d'abord
Une dépêche de Casablanca
« Les Zaers, les Zemmours et les Beni-Hassen ont envoyé des émissaires aux Tadla pour les inviter à se joindre à eux pour la rébellion. » Les Tadla ont invoqué les moissons pour différer leur réponse. »


Le Petit Journal 1911-05-21 -Numéro 17677 P 1
Au cours d’une attaque du camp d’El-Knitra,
un capitaine colonial a été tué.
A peine connaît-on le chiffre exact des morts et des blessés tombés avec le capitaine Labordette dans le combat d’El-Alouana, dans la région de la Moulouya, qu’une dépêche nous apprend que dans l’autre partie du Maroc où opèrent nos troupes, sur la route de Rabat à Fez, un capitaine colonial a été tué. Voici cette dépêche :
Tanger, 20 Mai.
El-Knitra, 19 Mai. – Le camp a été attaqué aujourd’hui par un parti de Beni-Hassen. Pendant une sortie faite pour le dégager, un capitaine colonial a été tué.
On ne sait rien de plus sur ce nouveau combat et la seule autre information parvenue hier à Paris relativement à la colonne volante dit que l’enseigne de vaisseau de Carsalade doit partir avec une vedette et un chaland pour remonter le cours de Sebou. Cette expédition est une expérience destinée à assurer les moyens de ravitaillement de Fez par la voie fluviale. L’enseigne aura avec lui une dizaine d’hommes, le goum fera la police des berges.




Le Matin 1911-05-21  Numéro 9945  P 1 Lettre de Ceuta à Tanger

L’opinion indigène

  Tanger, 20 mai. – Dépêche particulière du « Matin ». – J’ai eu ce matin l’occasion d’assister à la traduction d’une lettre adressée du Gharb, par un protégé marocain de Ceuta à son associé européen de Tanger, et apportée par rekkas spécial :
« Plusieurs méhallas de Français, très nombreuses, ont traversé Dar-Zrari. Elles ont été attaquées par un grand nombre de tribus, qui en ont tué beaucoup ; mais il a été impossible d’empêcher les Français de poursuivre leur route. Ils sont comme des sangliers qui couchent et brisent tout sur leur passage. Ils passent quand même. Ils sont comme des sauterelles : quand les premiers ont passé, les autres arrivent. On croit qu’il n’yen a plus, et il en vient toujours, on entend le bruit de la fusillade comme un roulement de tonnerre qui ne s’arrête pas. »


LA PRESSE  1911/05/21 (Numéro 6907). P 1

AU MAROC
NOUVELLE ATTAQUE DU CAMP DE KENITRA
UN CAPITAINE TUE
Tanger, 20 mai. El-Kenitra, 19 mai.

Le camp a été attaqué aujourd'hui par un  parti de Beni-Hassen.
Pendant une sottie faite pour le dégager, un capitaine colonial a été tué.
L'enseigne de Carsalade doit partir avec une vedette et un chaland pour remonter le cours de l'oued Sebou. Cette expédition est une expérience destinée  à assurer les moyens de ravitaillement de Fez par la voie fluviale. L'enseigne aura avec lui une dizaine d'hommes, le goum fera la police des berges. ̃
La colonne Daîbiez-Brulard était hier à une trentaine de kilomètres à l'est de Sidi Gueddard, à la hauteur d'Hadjar Ouaguef à une cinquantaine de kilomètres au nord-ouest de Fez. Le général Moinier suit avec 2500 hommes ; un autre échelon partira le 28 mai de Mehedya.


LA PRESSE   1911/05/23 (Numéro 6909). P 1

L'attaque de Kenitra
Tanger, 22 mai. Un radiotélégramme de Rabat, en date du 21, confirme l'attaque de Kenitra qui s'est produit le 19 courant.
Au cours de cette rencontre, le capitaine des tirailleurs Petitjean et un tirailleur ont été tués deux soldats des troupes coloniales ont été blessés.
De leur côté, les Berbères qui ont été repoussés ont subi de grossies pertes.




Le Petit Journal 1911-05-23  Numéro 17679 P 1
LES ÉVÉNEMENTS DU MAROC
(De notre envoyé spécial)
Tanger, 22 Mai.
Il est vraisemblable que le général Moinier n’arrivera pas à Fez avant le 23 ou même le 24 mai, non que les Marocains entravent sérieusement la marche, mais la faute en est au manque d’approvisionnements.
Aux dépêches du gouvernement enjoignant impérativement depuis dix jours de hâter la marche de la colonne volante, le général répond que pour ravitailler plus vite, tous les chameaux, les mulets de la Chaouia et même de Gharb furent déjà réquisitionnés.
Un chameau ne porte pas un nombre considérable de kilos, diminué chaque jour par sa propre consommation. Il faudrait une quantité d’arabas ; mais les arabas manquent. Il est indispensable d’en envoyer rapidement, en choisissant Mehedya comme base de ravitaillement. On a diminué ainsi de 130 kilomètres la distance de Fez par rapport à Casablanca.


Caïds de Méhalla Chérifienne