6 - « La Civilisation » !

mercredi 1 juin 2011

« On n'apprend pas à mourir en tuant les autres. »
  [François René de Chateaubriand]


Les troupes d’élite de l’armée française - La légion étrangère au Maroc

« La France, l’Allemagne et l’Espagne s’observent à la façon de trois apaches qui pensent à dévaliser le même « pante » et qui, chacun de son côté réfléchissent sur le meilleur moyen à employer pour se réserver la plus grosse part du butin.
Ces pratiques de brigandage à l’encontre des peuples faibles sont vantées dans les manuels de morale civique, sous le nom de « patriotisme ». En sorte que, de nos jours, le patriotisme peut se définir ainsi : Mise en œuvre d’une série de canailleries diplomatiques et militaires dans le but de subordonner un peuple faible dit non civilisé à un peuple fort dit civilisé, de telle façon que les financiers, les tripoteurs et les politiciens du second puissent s’enrichir des dépouilles du premier.




Campagne du Maroc  1911  -   Les troupes étaient cantonnées dans la kasbah

Quand, en vertu de cette définition, les Français envahissent le Maroc, ils agissent en bons patriotes. Par contre, les Marocains, qui supportent avec mauvaise humeur l’invasion étrangère et tentent de défendre leur sol, sont des rebelles, et on le leur fait bien voir. Que ne se précipitent-ils pour bénir ceux qui consentent, par pur patriotisme, à les juguler et à les piller ! Pourquoi ont-ils le mauvais goût de ne pas nous aimer !



Campagne du Maroc 1907 - 1911 - Résistants allant au combat.

Parmi les trois peuples apaches qui flairent les poches marocaines en riboulant des yeux d’assassin, la France occupe glorieusement la position la plus avantageuse : elle a, sur le Maroc les droits incontestables que lui donne le voisinage.
C’est du moins ce qu’affirment gravement nos diplomates et nos hommes politiques les plus distingués. De ce que l’Algérie est voisine du Maroc, il découle, paraît-il, que nous avons des droits sur ce pays. Argumentation puissante que je recommande aux avocats devant les tribunaux. Si le cambrioleur est le voisin du cambriolé le délit n’existe plus, le voisinage donnant au premier des droits certains sur les biens du second.
Mais nous avons encore d’autres droits sur le Maroc. Ils résultent du fait que des banques françaises ont prêté jadis de grosses sommes au Sultan prédécesseur de Moulaï Hafid. La France républicaine et radicale, solidaire des anciens tripotages de ses financiers et des nouvelles opérations que d’autres financiers méditent est donc patriotiquement autorisée à envahir le Maroc et à lui dicter ses lois. Son intervention ne saurait avoir d’autres limites que celles que pourront lui imposer les deux autres peuples apaches qui guignent la même proie.



Campagne du Maroc - Compagnie Montée en Marche

Relisez tout ce qui a été fait au Maroc par nos dirigeants, nos diplomates et nos guerriers. Il y aurait là de quoi rédiger un véritable manuel de « canaillerie pratique » à l’usage de ceux qui pensent à dévaliser leur prochain.
En vertu des droits que nous tenons du voisinage et des prêts usuraires faits par nos banques, nous posons un premier pied au Maroc. Les Marocains font la grimace et se rebiffent. Alors, nous bombardons et mitraillons ces « rebelles ». Nous brûlons leurs camps et leurs douars.



Guerre au Maroc pièce de 75 en action

Ceci fait, et toujours en vertu du patriotisme le plus pur, nous leur imposons des contributions pour payer les dégâts que nous avons commis chez eux. Et, ensuite, nous étonnons de voir qu’ils ne sont pas contents.
Leur pays est ruiné. Leur gouvernement, moralement prisonnier de la France, n’a plus le sou. De lourds impôts les accablent. Il est naturel que le feu couve sous la cendre et que des signes de colère se manifestent par ci par là.
Et alors, c’est le grand coup. Nous mobilisons quarante mille hommes pour rappeler ces « rebelles » à l’ordre. Les choses en sont là.



Les victimes

En réalité, cet envoi de troupes est une provocation nouvelle. Provocation hypocrite et basse, qui, si elle suscite, comme on l’espère, une nouvelle explosion de colère légitime chez les Marocains, permettra aux requins coloniaux d’atteindre le but si longtemps poursuivi.
Et ceci montre comment un peuple qui se dit et se croit civilisé peut, sous l’action de dirigeants dominés par les puissances financières, se ravaler au niveau des apaches qui l’œil sanglant et le couteau au poing, préparent et amènent l’occasion qui leur livrera le « pante » dont ils convoitent la bourse.
Pour qui réfléchit, tout cela est à faire vomir. Il y a des moments où l’on se demande sur quel coin de terre on pourrait bien se réfugier pour fuir la sottise barbare et sanglante qui règne encore chez les peuples qui se piquent le plus de civilisation. Partout, le mensonge est roi.
Et d’ailleurs, le Maroc, si riche en mine, en forêts, en terrains, mais si difficile à conquérir à cause des convoitises rivales, n’est pas le seul terrain où s’exerce le cambriolage français.
Nous conquérons, nous civilisons, nous colonisons sur d’autres points, au Tchad et ailleurs.
Et voici comment cela se passe :
Première période : Nous canonnons, nous mitraillons, nous razzions, nous incendions, nous pillons. C’est la glorieuse conquête faite avec des armes perfectionnées sur de malheureux indigène, armés de mauvais flingots.



Douar abandonné par ses habitants
Il a été canonné, mitraillé, razzié, incendié, pillé(Maurice ALLARD)


Deuxième période : Nous arrachons la terre aux indigènes et nous la donnons, sous forme de concessions, à de riches triporteurs, à des journalistes gouvernementaux et même à des politiciens influents. C’est la colonisation qui commence.[Voir : Expropriation des Kenitriens en faveur des colons (http://centenaire-de-kenitra.blogspot.com/2010/07/expropriation-des-kenitriens-en-faveur.html) ]


De Casablanca à Kenitra en vue de Méhydia

Troisième période : L’indigène, exproprié et réduit au rôle de salarié, est forcé de travailler à vil prix sur les terres concédées, au profit des concessionnaires. L’Etat lui reprend sous forme d’impôt, son chétif salaire. L’alcool civilisateur, que nous lui versons à foison, fait le reste.


L’indigène, exproprié et réduit au rôle de salarié

Enfin, tout dernièrement, des parlementaires ingénieux ont trouvé un nouveau moyen d’utiliser l’indigène tout en continuant de le civiliser. On le transforme en soldat, on lui donne des canons et des fusils et on l’emploie à razzier, à incendier, à piller, c’est-à-dire à civiliser d’autres peuplades.


Colonne de Fez 1911 - Goumiers rejoignant la colonne Brulard

Civilisation, que de crimes on commet en ton nom ! Les hommes ne savent encore que se vautrer dans la boue sanglante. »
Maurice ALLARD
L'Humanité : Numéro 2580 – P. 1
11- 05 – 1911



Maurice Édouard Eugène Allard, est né le 1er mai 1860; il est mort le 27 novembre 1942. Avocat, journaliste et député du Var de 1898 à 1910. Fit ses études de droit à Paris. Avocat, inscrit au barreau de Paris.

Journaux de 1911


Le Petit Journal 1911-05-19  Numéro 17675 P 4
Aux dernières nouvelles reçues, la marche de la colonne volante vers Fez parait être toujours retardée. La dépêche suivante l’explique :
Tanger 18 Mai.

Un radiogramme d’El-Kasar, en date.
Le même radiogramme signale un vif combat qui a eu lieu le 16 entre El-Gaeddari et Lalla-Ito, combat au cours duquel les Beni-Hassen subirent des pertes importantes.
À propos de ce combat, le correspondant à Rabat de l’Agence Fournier télégraphie, de son côté, à la date du 17 mai, que la colonne Brulard s’est rencontrée le 16 mai avec un campement indigène de la tribu des Beni-Hassen, le même qui attaqua récemment plusieurs convois entre Salé et El-Knitra.
Après un assez vif engagement, un détachement de la colonne dispersa les rebelles. Au cours de cet engagement, le lieutenant Balambois, un sous-officier et un goumier ont été blessés.




Le Matin 1911-05-19  Numéro 9943  P 3
Camp d’El-Qounitra, 8 mai, midi. – Dépêche de l’envoyé spécial du « Matin » (par rekkas spécial à Rabat). – Cette nuit à trois heures et demie, le camp était brusquement réveillé par la général et prenait aussitôt les armes.
Sortant de ma tente en pleine obscurité, je me heurte à un escadron de chasseurs en train de seller les chevaux.
Une vague rumeur court sur tout le camp ; pas une lueur ne brille ; pas un commandement ne retentit.
Quelques heurts métalliques indiquent seuls une animation inaccoutumée.
Je m’informe aussitôt des motifs de l’alerte et j’apprends qu’un petit poste avancé établi dans le sud, du côté de la forêt de Mamora a tiré plusieurs coups de feu, donnant l’alarme.
Trois compagnies de tirailleurs vont garnir les tranchées avancées creusées dans cette direction, et attendent, les armes chargées et le magasin approvisionné.



Le Matin 1911-05-20  Numéro 9944  P 3
Casablanca. 18 mai.- Dépêche particulière du « Matin » (par radiotélégramme à Tanger). – On annonce que les Beni-Ahsen, les Zemmour et les Zaer ont envoyé des émissaires aux tribus Tadla, les sollicitant de se joindre à eux pour combattre la colonne française.
Les Tadla auraient répondu qu’ils réservaient leur réponse jusqu’après la moisson, ils verront alors ce qu’ils auront à faire.



LE FIGARO    1911/05/20 (Numéro 140). P 1

Au Maroc
La marche vers Fez
Dans le Gharb
La moisson d'abord
Une dépêche de Casablanca
« Les Zaers, les Zemmours et les Beni-Hassen ont envoyé des émissaires aux Tadla pour les inviter à se joindre à eux pour la rébellion. » Les Tadla ont invoqué les moissons pour différer leur réponse. »


Le Petit Journal 1911-05-21 -Numéro 17677 P 1
Au cours d’une attaque du camp d’El-Knitra,
un capitaine colonial a été tué.
A peine connaît-on le chiffre exact des morts et des blessés tombés avec le capitaine Labordette dans le combat d’El-Alouana, dans la région de la Moulouya, qu’une dépêche nous apprend que dans l’autre partie du Maroc où opèrent nos troupes, sur la route de Rabat à Fez, un capitaine colonial a été tué. Voici cette dépêche :
Tanger, 20 Mai.
El-Knitra, 19 Mai. – Le camp a été attaqué aujourd’hui par un parti de Beni-Hassen. Pendant une sortie faite pour le dégager, un capitaine colonial a été tué.
On ne sait rien de plus sur ce nouveau combat et la seule autre information parvenue hier à Paris relativement à la colonne volante dit que l’enseigne de vaisseau de Carsalade doit partir avec une vedette et un chaland pour remonter le cours de Sebou. Cette expédition est une expérience destinée à assurer les moyens de ravitaillement de Fez par la voie fluviale. L’enseigne aura avec lui une dizaine d’hommes, le goum fera la police des berges.




Le Matin 1911-05-21  Numéro 9945  P 1 Lettre de Ceuta à Tanger

L’opinion indigène

  Tanger, 20 mai. – Dépêche particulière du « Matin ». – J’ai eu ce matin l’occasion d’assister à la traduction d’une lettre adressée du Gharb, par un protégé marocain de Ceuta à son associé européen de Tanger, et apportée par rekkas spécial :
« Plusieurs méhallas de Français, très nombreuses, ont traversé Dar-Zrari. Elles ont été attaquées par un grand nombre de tribus, qui en ont tué beaucoup ; mais il a été impossible d’empêcher les Français de poursuivre leur route. Ils sont comme des sangliers qui couchent et brisent tout sur leur passage. Ils passent quand même. Ils sont comme des sauterelles : quand les premiers ont passé, les autres arrivent. On croit qu’il n’yen a plus, et il en vient toujours, on entend le bruit de la fusillade comme un roulement de tonnerre qui ne s’arrête pas. »


LA PRESSE  1911/05/21 (Numéro 6907). P 1

AU MAROC
NOUVELLE ATTAQUE DU CAMP DE KENITRA
UN CAPITAINE TUE
Tanger, 20 mai. El-Kenitra, 19 mai.

Le camp a été attaqué aujourd'hui par un  parti de Beni-Hassen.
Pendant une sottie faite pour le dégager, un capitaine colonial a été tué.
L'enseigne de Carsalade doit partir avec une vedette et un chaland pour remonter le cours de l'oued Sebou. Cette expédition est une expérience destinée  à assurer les moyens de ravitaillement de Fez par la voie fluviale. L'enseigne aura avec lui une dizaine d'hommes, le goum fera la police des berges. ̃
La colonne Daîbiez-Brulard était hier à une trentaine de kilomètres à l'est de Sidi Gueddard, à la hauteur d'Hadjar Ouaguef à une cinquantaine de kilomètres au nord-ouest de Fez. Le général Moinier suit avec 2500 hommes ; un autre échelon partira le 28 mai de Mehedya.


LA PRESSE   1911/05/23 (Numéro 6909). P 1

L'attaque de Kenitra
Tanger, 22 mai. Un radiotélégramme de Rabat, en date du 21, confirme l'attaque de Kenitra qui s'est produit le 19 courant.
Au cours de cette rencontre, le capitaine des tirailleurs Petitjean et un tirailleur ont été tués deux soldats des troupes coloniales ont été blessés.
De leur côté, les Berbères qui ont été repoussés ont subi de grossies pertes.




Le Petit Journal 1911-05-23  Numéro 17679 P 1
LES ÉVÉNEMENTS DU MAROC
(De notre envoyé spécial)
Tanger, 22 Mai.
Il est vraisemblable que le général Moinier n’arrivera pas à Fez avant le 23 ou même le 24 mai, non que les Marocains entravent sérieusement la marche, mais la faute en est au manque d’approvisionnements.
Aux dépêches du gouvernement enjoignant impérativement depuis dix jours de hâter la marche de la colonne volante, le général répond que pour ravitailler plus vite, tous les chameaux, les mulets de la Chaouia et même de Gharb furent déjà réquisitionnés.
Un chameau ne porte pas un nombre considérable de kilos, diminué chaque jour par sa propre consommation. Il faudrait une quantité d’arabas ; mais les arabas manquent. Il est indispensable d’en envoyer rapidement, en choisissant Mehedya comme base de ravitaillement. On a diminué ainsi de 130 kilomètres la distance de Fez par rapport à Casablanca.


Caïds de Méhalla Chérifienne

5 - Les tribus amazighes et les tribus arabes coordonnent efficacement entre elles pour faire face à l’agresseur

dimanche 1 mai 2011

En contrepartie, les tribus amazighes et les tribus arabes coordonnaient efficacement entre elles pour faire face à l’agresseur. L’opinion publique française commençait déjà à douter de la capacité de ses soldats à prendre Kenitra et sa région pour voler soi-disant au secours de Fès.

 « Les tribus rebelles des Beni Hassen et des Zemmour ont attaqué vendredi et samedi une colonne de secours française, entre Salé et El Kantara. La lutte, acharnée, se prolongea pendant les deux jours. Les tribus en question réussirent à capturer plusieurs centaines de bœufs, 175 chameaux et 56 mulets.
L’attaque recommença pendant la journée du dimanche. Un nouveau convoi français de 713 chameaux chargés de munitions et de vivres fut également capturé, ainsi que les deux chameaux qui portaient le trésor d’une partie de la colonne.
Les Français ont perdu 36 des leurs et ont eu, en outre, de nombreux blessés. Quant aux assaillants, ils n’ont éprouvé que des pertes insignifiantes. »
Le Petit Journal 1911-05-12  Numéro 17668 P4

 « Les Zaers, les Zemmours et les Beni-Hassen ont envoyé des émissaires aux Tadla pour les inviter à se joindre à eux pour la rébellion. » Les Tadla ont invoqué les moissons pour différer leur réponse. »
LE FIGARO    1911/05/20 (Numéro 140). P 1


Un convoi de Ravitaillement

 
L’occupation de la Kasbah de Kenitra amplifia la résistance des populations dans le Gharb et Zemmour.

 « Les tribus qui, au début, avaient été fortement impressionnées par la marche rapide de la colonne, déjà campée sur les bords du Sebou alors qu’ils là croyaient encore à Bou-Znika, n’ont pas tardé à attribuer notre inaction à des causes tout autres que celles qui l’avaient déterminée.
Leur sourde hostilité, faite surtout jusqu’alors de crainte, a fait palace maintenant à des démonstrations nettement agressives. Les indigènes ont eu le temps de se concentrer, de prendre toutes leurs dispositions et de s’enhardir jusqu’à essayer de couper nos communications entre El-Qounitra et Rabat, dans le but d’empêcher le ravitaillement de la colonne.
Les Marocains prirent la fuite [‼] dans la forêt, emmenant les soixante mulets de trait des vingt « arabas » chargées d’armes et de munitions.
Cela leur faisait 149 chameaux dans leur journée, auxquels ils ajoutèrent le lendemain, pour compléter le « tableau » 60 mulets. »

« Hier, à Rabat, un Marocain ayant avoué [!!] avoir pris part à l’attaque du convoi de chameaux fut pris comme espion, jugé et condamné à mort. Il fut amené aujourd’hui de Rabat, avec la colonne Simon, sur l’endroit même où était tombé le brigadier du train Pinson, et fusillé par un peloton composé de deux tirailleurs algériens et de deux soldats coloniaux. Le cadavre ayant été exposé au bord de la route toute la colonne défila devant lui. »

Exécution d'un résistant

« Le camp d’El-Qounitra vient d’être attaqué en plein jour et sur toutes les faces à la fois ; les troupes ont eu, de midi à six heures du soir, à repousser une attaque venant de l’ouest, s’est-à-dire du côté de Rabat, et une seconde attaque venant du sud, du côté de la forêt. »
Le Matin 1911-05-14  Numéro 9938  P 3


Approvisionnement de Vivres et Munitions dans la Casbah d'El Kenitra

Journaux de 1911



LE GAULOIS  1911/05/08 (Numéro 12259). P 1

AU MAROC
LA SITUATION S’AGGRAVE
QU’ATTEND-ON POUR MARCHER ?
     Nous demandions, hier, en désespoir de cause, que l'on eût recours aux troupes du général Toutée pour délivrer Fez. Nous ne songions, en réclamant cette décision immédiate, qu’au salut des Européens assiégés dans la ville.

     Mais les dernières nouvelles du Maroc montrent qu'elle s'imposera d'ici peu pour d'autres motifs encore, car il va falloir non seulement débloquer et ravitailler Fez, mais encore entreprendre une véritable expédition pour se rendre maître du soulèvement.

     Telle est, en effet, la conséquence de notre lenteur au lieu du simple raid que nous comptions entreprendre jusqu'aux alentours de la ville assiégée et qui eût suffi, il y a huit jours encore, à disperser les rebelles et à délivrer les assiégés, nous allons nous trouver maintenant dans l'obligation de conquérir le pays, nous allons nous trouver en face d'un soulèvement général, dû à ce que nos hésitations ont enhardi les tribus et leur ont donné le temps de se concerter et de se préparer à la résistance. C'était fatal.
     Voici par exemple les Zemmours et les Beni-Hassen, dont on escomptait la neutralité, qui n'attendent même pas que la colonne Brulard soit engagée au cœur du pays pour l'attaquer. Ils ont déjà réussi à nous tuer un brigadier de chasseurs d'Afrique et à blesser un lieutenant et deux hommes.
 
     Ce serait, en vérité, risible, s'il ne s'agissait de notre pays et si ce n'était, dès lors, navrant, voire effrayant, surtout quand on songe à d'autres éventualités.
René d'Aral


Le Petit Parisien 8 Mai 1911-Numéro 12609 P 1

L’attaque des Zemmour nous a coûté deux morts
La colonne volante serait enfin prête
L’attaque d’un de nos convoie par les Zemmour, attaque qui s’est produite vendredi sur la piste de Salé à Mehadia dans une région à peu près plate, proche de la mer, et, qu’on croyait sûre ; atteste que les tribus ont repris courage. Etonnées par l’arrivée de nos troupes entre le Bou-Regreg et le Sebou, elles ont pu constater ensuite la lenteur de la concentration et les retards apportés à la mise en mouvement de la colonne volante vers l’intérieur. Ces retards s’expliqueraient – répétons le – par la difficulté de réunir des vivres. Il n’en est pas moins vrai que trois semaines et plus se sont déjà écoulées depuis le moment ou l’ont s’est résolu à secourir Fez.
     L’agression du vendredi montre d’une part, que les grandes confédérations n’ont pas renoncé à nous disputer le passage, de l’autre que nos convois auraient besoin d’être gardés plus fortement.

Rabat, 7 mai
(Par radiotélégramme, via Casablanca – Tanger.)

     « Il m’a été impossible de vous radiotélégraphier plus tôt les détails de l’agression qui s’est produite contre un de nos détachements sur la piste de Mehedia, tant le service des postes chérifiennes était encombre.
On était accoutumé à un tel calme sur cette piste qu’on ne s’est pas défié d’une incursion possible, et cinq cents chameaux chargés de provisions ont été engagés vendredi dans la direction de Mehedia et de Knitra.
   C’était un butin tentant pour les Ahmar et les fractions des Zemmour qui les avoisinent. Ils envoyèrent donc un djich de cavaliers qui enleva une centaine de chameaux et réussit à les pousser dans la direction de Mamora.
     Le lieutenant Vaillade, qui a été blessé, et les quelques sous-officiers et cavaliers du train qui escortaient le convoi se sont défendus très vaillamment. Un brigadier, vous le savez déjà a été tué et un cavalier est mort des suites de ses blessures.
     Dès que le camp de Bel Aroussi eut connaissance de ces faits, il envoya une reconnaissance à la poursuite des agresseurs ; une partie des chameaux a pu être ramenée.
     A la suite de cette attaque, des patrouilles vont désormais circuler constamment entre les camps de Bel Aroussi et Mehedia. Un troisième échelon se concentre actuellement dans ce camp. La deuxième colonne au complet est arrivée à Knitra, ce qui permet de supposer que la colonne Brulard et les goumiers (Un goum regroupe environ 200 goumiers) se mettront en branle dès demain.
     Toutefois en signale des rassemblements importants des Beni-Hassen, en armes, des la forêt de Mamora, au sud de Méchra Remla. Ils ont des relations suivies avec des chefs Zemmour.




LE GAULOIS   1911/05/09 (Numéro 12260). P 3

Une autre dépêche de Rabat, en date du 7 mai, dit :
« Hier matin, près de Salé, un second convoi sans escorte a été attaqué par des rôdeurs Beni-Hasan ; un sous-officier du train a été tué et deux soldats indigènes blessés.

Des bandes suspectes rôdent autour d'El-Knitra et sur la piste en bordure de la mer. Une harka chérifienne se concentre à Sale, d'où deux bataillons
(UN BATAILLON entre 5OO  et 1000 hommes) vont partir pour El-Knitra.

Un soldat français, blessé l’ors de la première attaque de convoi, est mort des suites de ses blessures.



Le Petit Parisien 1911-05-09  Numéro 12610 P1


Cavaliers des Méhallas  

  Les mehallas sont composées de mercenaires. Le jour où ceux-ci ne seront plus payés, ils écouteront les conseils de désertion qui leur sont donnés du dehors ; ils céderont à la pression des caïds insurgés, dont ils furent jadis les compagnons de tente. Non seulement la défense sera compromise, des vides se creusant dans l’effectif de la garnison, mais encore les soldats du maghzen, en se mutinant, provoqueront des désordres qui pourront avoir une grave répercussion.
Telle est la situation que révèlent les dernières dépêches ; elle est loin d’être rassurante.

Détachement assailli
3 Tués ; 4 Disparus
  Rabat, 8 mai.
On avait une telle impression de sécurité entre Rabat et Mehedia, qu’on circulait sur cette piste, soit isolément, soit avec une faible escorte ; mais depuis quelques jours, les pillards Ahmer et Zemmour infestent cette piste et ont déjà attaqué et dévalisé plusieurs voyageurs indigènes [‼].
Avant-hier, ils s’en prenaient à un convoi militaire de 400 chameaux, escorté par un petit détachement du train. Je vous ai indiqué les conséquences de cette attaque.
Hier, un autre convoi de voitures, dites arabas, était également assailli entre le camp de Bel Aroussi et Knitra. Le détachement du train qui l’accompagnait a été particulièrement éprouvé.
On me signale, en effet, un maréchal des logis français et deux cavaliers indigènes tués ; deux cavaliers français et deux cavaliers indigènes disparus. On suppose qu’ils auront été entrainés dans les broussailles de la Mamora et tués.
Une partie du convoi a été pillé par les agresseurs.
Le général Moinier s’est rendu au camp de Bel Aroussi et a prescrit de faire accompagner les convois par des détachements armés importants.


Le général MOINIER observe les positions des résistants



Le Matin 1911-05-09  Numéro 9933  P 3

Une dépêche de Rabat, envoyée dimanche, dit que des bandes suspectes rodent autour d’El-Qounitra ; un convoi a été attaqué près de Salé ; un sous-officier a été tué et deux soldats indigènes ont été blessés.
Le général Moinier devait se trouver hier à El-Qounitra. Les difficultés de la marche en avant sont considérables…les populations semblent hostiles.

Les difficultés du ravitaillement


Convoi de chameaux devant la Kasbah d'El Kenitra



Camp d’El-Qounitra, 3 mai, 10 heurs matin. – De l’envoyé spécial du « Matin » (par rekkas spécial à Rabat). – Le stationnement de la colonne Brulard se prolonge à El-Qounitra beaucoup plus que l’on aurait pu le supposer.
Bien que la date de sa mis en marche ne soit pas encore connue, il est certain qu’elle séjournera encore ici au moins jusqu’à demain.
Ce matin, le colonel Simon, avec toute son infanterie, escorta un convoi de ravitaillement de 800 chameaux.
Un nouveau convoi de 1200 autres chameaux est attendu.
Cela nous fait augurer un stationnement de deux jours encore à la casbah d’El-Qounitra.
Notre camp comprend maintenant 1000 hommes de plus ; il s’accroit, s’étendant sur un immense demi-cercle, autour de la vieille casbah qui, sert de magasins à l’administration.

Un sous-officier français tué.

Tanger, 8 mai. – Dépêche particulière du « Matin ». – Un radiotélégramme de Rabat, en date d’hier, qui est arrivé ce matin à Tanger, annonce une nouvelle attaque d’un de nos convois.
De nombreuses bandes de pillards sont signalées sur nos lignes de ravitaillement. Dans la journée d’hier, un convoi se dirigeant sur El-Qounitra a été attaqué par une de ces bandes.
Après une vive fusillade, les agresseurs ont été mis en fuite, mais au cours de cet engagement, un sous-officier français a été tué et deux soldats indigènes ont été grièvement blessés.
Les reconnaissances envoyées dans diverses directions signalent d’importants rassemblements de Beni-Ahsen.
Deux bataillons (UN BATAILLON entre 5OO  et 1000 hommes)  de renforts sont arrivés.

A suivre


4 - « Les victimes que nous avons à déplorer depuis le début de la marche sur Fez sont toutes tombées entre Salé et Kenitra. »

dimanche 3 avril 2011

Mais, en dépit de tout, la réalité sur le terrain était en faveur des résistants qui clonèrent cette armée sur place, l’empêchant d’investir la région de Kenitra et le Gharb. Ils lui affligèrent plusieurs défaites dont la presse française en fit son cheval de bataille contre le gouvernement et son ministre de la guerre.

 « Tous les renseignements qui nous parviennent concordent à démontrer que la région qui doit être traversée par la colonne pour atteindre Fez est entièrement hostile. La colonne ne pourra donc pas compter sur un accueil bienveillant des tribus, et elle sera obligée de marcher avec une extrême prudence. »
Le Matin 1911-05-12  Numéro 9936  P 1

 « Les victimes que nous avons à déplorer depuis le début de la marche sur Fez sont toutes tombées entre Salé et Kenitra. La réputation de cette piste est devenue si détestable qu’aucun voyageur, aucun négociant n’ose s’y aventurer même avec une escorte bien armée »

« Ajoutons que, dans les milieux militaires, on estime que l’incendie de la partie de la forêt de Mamora à laquelle il est fait allusion plus haut est indispensable, afin de dégager la piste et d’empêcher les bandes de Berbères de trouver un abri trop commode. »
Le Petit Journal 1911-05-27  Numéro 17683 P 1


Attaque des Zemmour 5 Mai 1911

Les habitants prirent le soin de ne laisser à la portée de l’ennemi rien pût ravitailler ses soldats.

Déclaration du général Moinier à l’envoyé spécial du « Matin »
« On a annoncé la marche rapide d’une colonne volante sur Fez.
On a pu penser à un raid. On ne peut pas faire un raid dans un pays hostile, qui fait le vide devant vous et où on ne peut pas se ravitailler sur place. »
Le Matin 1911-05-14  Numéro 9938  P 1   EL QOUNITRA

« La reconnaissance avait également pour objet de trouver de l’orge à acheter dans la région. On parlementa avec le caïd Si Larbi ben Ahmed qui promit de mettre à la disposition des troupes françaises d’assez fortes quantités d’orge.
Le fait avait une grosse importance, car on évitait ainsi un long transport d’approvisionnements pour la cavalerie de Rabat et même de Casablanca.
Toutefois, lorsque dans l’après-midi le détachement se présenta pour prendre livraison de l’orge promise, on trouva le village complètement abandonné, tous ses habitants avaient fui dans la forêt de Mamora.
Voilà un fait qui caractérise bien la sourde hostilité – signalée dans mon radiotélégramme hier – que nous rencontrons partout sur notre passage depuis que nous avons franchi la limite de la Chaouïa. »
Le Matin 1911-05-08  Numéro 9932  P1

 « Deux reconnaissances de goumiers ont remonté la rive gauche du Sebou jusqu’à Sidi-Ayech, à une quinzaine de kilomètres. Elles ont rencontré un petit douar de Beni-Hassen ; ce douar était vide.
Les populations effrayées [‼] ont abandonné la région ; toutefois, on ignore leurs intentions exactes à l’égard de la colonne Brulard. »
Le Petit Journal 1911-05-05  Numéro 17661 P 1

« L'Effervescence des Tribus

Pourtant, de nombreux renforts ont rejoint, depuis vingt-quatre heures, le camp de Knitra. Ils portent la colonne du colonel Brulard à quatre mille hommes. Il semble que rien ne devrait s'opposer désormais à son départ. Si ce n'est l'ennemi, qui grossit chaque jour et qui paraît déterminé à s'opposer énergiquement à nos opérations.
On se flattait que les tribus des Zemmour et des Beni-Hassen conserveraient vis-à-vis de nous une neutralité bienveillante. Or, tout au contraire, ils n'ont eu rien de plus pressé que de nous attaquer et de nous tuer quelques hommes avant même que nous n'ayons quitté Knitra.
On annonce, d'autre part, que des bandes de cavaliers ennemis s'enhardissent jusqu'à venir rôder aux alentours du camp français et que l'on signale au colonel Brulard des rassemblements ennemis fort importants sur divers points entre Rabat et Fez.
Il ne faut donc pas se faire d'illusions l'opération que nous allons entreprendre sera difficile et dangereuse elle sera aussi, sans doute, fort longue.. »
Le Gaulois 1911-05-11 Numéro 12262

L’envahisseur mit en œuvre un stratagème machiavélique. Il arma la population gharbaoui contre les Beni Hssen, attisant des rivalités qui remontaient à 1902.

 « Toutes les populations du Gharb sont prêtes à marcher contre les Beni-Ahsen, pour tirer vengeance des pillages de 1902, si le gouvernement français leur donne l’assurance de son concours et leur fournit des munitions. »
Le Matin 1911-05-04  Numéro 9928  P3

Journaux de 1911



Le Petit Journal 1911-05-08  Numéro 17664 P4

Nouvelle attaque contre un convoi
(Dépêche de l’Agence Fournier)
Tanger, 7 Mai.
Un autre convoi isolé a été attaqué, hier, entre Salé et Mehedya. On signale plusieurs blessés et trois soldats du train disparus.
La tribu des Ahmar serait coupable de ces agressions répétées.
L’autorité militaire vient de donner l’ordre exprès de ne plus laisser partir aucun convoi isolé.
La nouvelle de cet acte d’hostilité a produit, aussitôt connue, une vive impression parmi les Européens.




Le Temps  1911-05-08 -Numéro 18208.
Le Temps, n° 18.208, Lundi 8 mai 1911, p. 2, en rubrique « Les affaires du Maroc » :
Les affaires du Maroc
L'attaque des Zemmour
    Autour de la colonne Brulard
                                           
 (Dépêche de notre correspondant particulier)


Funérailles d'un mort au champ de bataille. 
Tanger, 7 mai.
Un radiotélégramme de Rabat annonce que les Beni-Hassen et les Zemmour ont commencé les hostilités contre la colonne Brulard [Du nom du colonel qui la commandait]. Ils ont coupé la conduite d’eau de Salé et ont essayé d’empêcher le ravitaillement de nos troupes.
   Le 5 mai, un djich de Zemmour a attaqué un convoi de ravitaillement et enlevé quelques chameaux. Dans l’engagement, un brigadier français a été tué, le lieutenant Vallade et deux soldats blessés. [L'un est vraisemblablement décédé des suites de ses blessures]
   Une reconnaissance envoyée a ramené les chameaux et mis en fuite les agresseurs.
   [Le lieutenant Vallade appartient au 16e escadron du train des équipages (compagnie de Tunis)]. »    





L’Ouest Éclair – éd. de Rennes –, n° 4489, Lundi 8 mai 1911, p. 1 :

LA SITUATION AU MAROC
LES ZEMMOURS ATTAQUENT UN CONVOI


L´attaque de Dar El Aroussi - Le général MOINIER observe les positions des résistants

« RABAT, 6 mai. ― Il semble que les tribus des Beni-Hassen et des Zemmours manifestent l’intention de s’opposer à la marche de la colonne de secours. Un groupe d’une centaine de Zemmours a attendu hier, à six heures du soir, le passage d’un convoi de chameaux sur la piste de Méhédya. Une attaque soudaine a permis aux Zemmours de s’emparer de quelques chameaux, tandis que l’escorte ouvrait le feu. Un court engagement a eu lieu et un brigadier français a été tué. Le lieutenant Vallade, du train des équipages, a été blessé, ainsi que deux autres.
   Une reconnaissance partie d’El Kenitra a rejoint le djich qui s’est enfui, abandonnant la plupart des chameaux.
   D’autres patrouilles ont été envoyées et fouillent la région. Les troupes campées près de Salé explorent les environs où rodent des bandes de Zemmours. Ces bandes ont coupé les conduites amenant l’eau à la ville. Les convois sont fortement escortés.. »




Le Matin  :1911-05-08  Numéro 9932  P1
Difficultés à El-Qounitra
Casbah d’El-Qounitra, 2 mai, 5 heures soir. – De l’envoyé spécial du « Matin » (par rekkas spécial à Rabat). – La colonne Brulard est toujours campée à El-Qounitra, où elle attend l’arrivée de l’échelon arrière, retardé par la grosse question du ravitaillement.
Accompagné de toute la cavalerie, le goum Brulard est allé faire, ce matin, une reconnaissance jusqu’à Sidi-Ayech, à une quinzaine de Kilomètres du camp, sur la route que la colonne doit suivre pendant sa prochaine marche.
La reconnaissance avait également pour objet de trouver de l’orge à acheter dans la région. On parlementa avec le caïd Si Larbi ben Ahmed qui promit de mettre à la disposition des troupes françaises d’assez fortes quantités d’orge.
Le fait avait une grosse importance, car on évitait ainsi un long transport d’approvisionnements pour la cavalerie de Rabat et même de Casablanca.
Toutefois, lorsque dans l’après-midi le détachement se présenta pour prendre livraison de l’orge promise, on trouva le village complètement abandonné, tous ses habitants avaient fui dans la forêt de Mamora.
Voilà un fait qui caractérise bien la sourde hostilité – signalée dans mon radiotélégramme hier – que nous rencontrons partout sur notre passage depuis que nous avons franchi la limite de la Chaouïa.
Cette hostilité s’est encore manifestée par une attaque, dont un goumier a été l’objet à Salé ; il eut un cheval tué.
De nombreuses personnes, voyageant en groupe entre Salé et El-Qounitra, ont été arrêtées et rançonnées par les tribus traversées, lesquelles avaient fait le vide devant la colonne.
Les renseignements qui nous parviennent sur l’état d’esprit des tribus semblent maintenant confirmer qu’une concentration très importante se forme dans la forêt de Mamora.
Cette concentration serait composée de contingents de nombreuses tribus et aurait pour but de nous attaquer sérieusement durant la prochaine marche.
Hubert-Jacques




LE FIGARO   1911/05/08 (Numéro 128). P 1

Au Maroc
La colonne Brulard

      Une dépêche de Rabat, expédiée samedi, signale un premier acte d'hostilité de la part des tribus sur le territoire desquels opère le colonel Brulard.
     Vendredi, un groupe d'une centaine de Zemmours, qui attendait à la fin du jour le passage d'un convoi de chameaux sur la piste de Meheyda, l'a attaqué et s'est emparé de quelques bêtes; avant que l'escorte ait eu le temps d'ouvrir le feu. Un engagement a suivi dans lequel un brigadier a été tué et-deux hommes blessés.
     Les troupes campées près de Salé explorent les environs où rôdent des bandes de Zemmours. Ces bandes ont coupé les conduites amenant l’eau à la ville.
 Les convois seront fortement escortés.
     On a d'autre part reçu à Tanger les trois radiogrammes suivants qui datent malheureusement de plusieurs jours.
     L'officier de marine Carsalade continue ses travaux en vue du débarquement des approvisionnements et du matériel à Konitra par Mehedya et le Sebou, dont la profondeur est suffisante pour les remorqueurs et les barcasses.

El-Kounitra, 2 mai.

     Un goum de cavaliers et de fantassins est parti reconnaître le terrain jusqu'à. Sidï-Aïach, distant de 15 kilomètres environ du camp, sur la route de Fez.
     Les renseignements parvenus ici disent que le terrain de cette région est mauvais pour le passage de l'artillerie.
Mehedya, 3 mai,

     Le croiseur Friant, ancré au large de l'embouchure du Sebbou, a envoyé dans l'après-midi une embarcation pour explorer les fonds; dans le voisinage de la barre.

     Le croiseur Du Chayla est attendu incessamment à Mehedya. Il remorquerait des barcasses de Rabat, pour traverser la barre, celles de Mehedya étant insuffisantes.
Un détachement d'infanterie de marine; venu du camp d'El-Kounitra, est arrivé à Mehedya; il bivouaque hors des murs, près de la mer.